Marchand de cailloux...
Il est temps que je m'explique. Il est temps que je prenne le temps de me l' écrire noir sur blanc. Il est temps de peser le poids de mes maux. Il est temps que je pèse le poids de ces pierres déposées sur mon coeur. Peut être n'est ce pas le lieu. Peut être est ce impudique, peut être je ne devrai pas...Pourtant je sais qu'il est temps....
Petite fille anorexique et déprimée pour parler comme aujourd'hui. Jeune fille transparente , ravagée souvent par la tristesse et l'envie d'être ailleurs . Jeune femme superficielle et légère dans sa tour de verre, cachant sa mélancolie dans les sachets de beaux vêtements. Femme et mère se coltinant avec la réalité de sa vie, de son enfance , de ses manques, et sa féminité .
Protégée par le goût de la provoc, de la fiesta, d'ailleurs et des gens différents. Protégée par l' énervement et la révolte. Cachée , dans une maison remplie de monde. Accrochée viscéralement à ce qui pourrait être la naïveté ,la confiance en l'autre . Accrochée désespérement à l'insouciance , malgré tout.
2002. Je cumule un certain nombre de dizaines. En quelques semaines tu disparais. Arriverais je à l'écrire..tu es morte...Passons l' horreur des jours à l'hôpital, des dernières heures...Passons l'état de sidération lors de ton enterrement...Passons la lourdeur des jours , des mois d' après, vider ton appart, partager, regarder, lire ce qui ne nous était pas destiné et le regretter, les photos. Celà , c'est la pierre. Après , il y a eu les ronds dans l'eau: L'enfance, ta place , la mienne, les mots qui m'ont fait mal: ceux qui étaient dits, ceux que tu ne m'as pas dit, ceux que j'aurai du réclamer. Le manque de protection. L'ignorance que tu avais de moi, de ce que j'étais vraiment. Tu es partie et je suis restée la petite fille qui attends désespérément la mère...
2002-2004. Malversations de mon beau père . Des dettes pour lui et pour le bureau ou il travaille avec son fils, abyssales. C'est encore une fois la pierre . Et les ronds dans l'eau se transforment en tourbillons . Concomitance avec le décès de ma mère.Toujours fidèles à eux même , pas un mot, ne viennent même pas à l'enterrement. Par contre , les 2/3 de l'héritage de ma mère y passe. ....Elle qui comptait avec ses enveloppes..Lui ,maîtresses,jeux...elle qui ,dans ma tête, paye pour lui. Reviennent en vagues tout le mal qu'ils nous on fait et surtout à ma fille. Et toi,incapable de dire face à moi, ce que j'attends ....je t 'en veux.
1er Janvier 2003 . Décès de M. Le chagrin de mon fils. La douleur de ses parents. De sa bande. C'est la pierre. Les ronds dans l'eau c'est ,savoir que même eux sont mortels. Revenir sur leur petite enfance. Découvrir réellement tous les liens qui unissent ces garçons. Me dire que quand je n'étais peut être pas là pour lui ,eux y étaient. Et en avoir de la peine et du remerciement . Essayer d'être là, maintenant. Les voir sombrer tous ensemble. Prier (je ne sais pas) pour qu'ils se relèvent tous ensemble.Deux longues années,et puis voir qu'ils ont grandi mais que rien ne sera plus jamais,comme avant. Qu'ils ont vieilli déjà.
Novembre 2004 . Vous vous séparez . Un garçon et une fille. 4 ans,2 ans ..Pas de travail. Tu reviens à la maison. C'est la pierre. Encore et toujours,les ronds dans l'eau. La peine de te voir dans la dépression. La peine pour mes petits enfants. La difficulté d'aider quelqu'un qui plonge.Les questions. La peur de me retrouver dans cette situation si connue. Moi, enfant vivant avec ma mère et mes grands parents. Et la difficulté pour ma mère d'être à sa place. Entre la grande fille de ses parents et notre mère. Et la souffrance que j'en ai eu. Alors, chaque situation me ramène à cette nécessité : ne pas en faire trop mais assez. Et je ne sais pas si j'y suis arrivée.Je ne suis plus dans les ronds dans l'eau mais dans les vagues.2004-2007.
Mort de mon père.Je ne sais plus la date. Lui, abonné absent. Ressorti pour son décès. La pierre. Les ronds dans l'eau? Ce que les adultes avaient joué entre eux, sans se soucier de nous. La rage d'être présentées comme ses filles avec les regards des autres posées sur nous..les mauvaises filles qui n'étaient pas là...et la rage contre moi, de ne rien dire..
Mon sac de pierres est lourd. Les ronds se transforment vite en vagues...je flotte,je coule,je flotte,je coule...
Eté 2006. Ma fille qui a repris ses études ,les a réussies brillamment. Elle a un travail, un nouvel amour , les enfants vont bien . Je suis heureuse. Mon fils va bien. Il travaille, il lève la tête vers son futur. Je suis heureuse. Mon autre fille ,se fiance. Il me demande sa main. Me dit "vous le savez bien,jamais nous ne nous quitterons". Je les crois. Les photos d'Italie sont pleines d'étoiles. Je suis heureuse. La maison est pleine de copains, les nôtres, les leurs. Un petit goût de fiesta. Je ne vais plus couler. Mélancolie ou pas , j 'y crois. Je ferme le sac de pierres, me dit que voilà, il est temps d'avancer, moi aussi. Je ne veux plus jamais être prises dans les vagues.
Septembre 2006. Promesses ou pas. Fiançailles ou pas. Séparation. Et moi, depuis je porte cette pierre de trop. Sûrement pourtant c'est la plus légère. Viscéralement ,je ne peux pas . Parce que ce petit caillou, c'est celui de trop. Parce que si j'admets c'est accepter, que jamais l'insouciance ne reviendra. Que les mots des autres encore une fois, j' ai voulu y croire, encore une fois, je m'y suis brûlée. Parce que , çà me ramène à ma propre histoire. Parce que , vous voyant, je ne crois pas que vous soyez heureux, simplement frileux et je sais combien c'est difficile toute une vie de se demander et si ??? Parce que si j'accepte, je sais qu'encore je vais couler.
Septembre 2007...meme si je me tais.Je ne veux toujours pas.
Post trop long,illisible, si quelqu'un a le courage de le lire jusqu'au bout...merci et pardon.